Enfin
Regarde! (Regardez!) Le petit à droite, tu le connais, il te faisait rire quand il était tout petit. Ses soeurs, tu ne les as pas connues. La plus grande s'appelle Marie, et ces jours-ci elle nous rappelle en rigolant que c'est le plus beau prénom du monde, c'est sa grand-mère Suzanne qui l'a dit. La petite, c'est Emilie, et on ne s'ennuie pas non plus avec elle. Derrière, c'est ta maison. Elle a changé; tu ne reconnaîtrais pas grand chose. Mais je te promets que je me souviens de tout. Du contenu des armoires, de l'odeur du grenier où j'aimais fureter à la recherche de trésors. Des gros traversins en plumes qu'on tapait en riant pour les remettre en forme, des oeufs qu'on rangeait dans un panier (dans l'ordre), sous l'escalier. Ne t'en fais pas, je me souviens de tout, et je leur raconte. Les filles jouent à la dînette sous le figuier. Le soir du 15 août, on s'est promené sur la grève. Le vent soufflait fort, la mer était haute. On riait d'être là; on a regardé l'écume dans le ruisseau et goûté la salicorne et la glinette, que tu coupais pour les lapins. C'était bon. On s'est dit que la condition de lapin de pré salé était plutôt enviable.
Tu vois, on est là. Enfin.

